Réapprendre à partager déconnecté

Marché de l'emploi - 15 mars 2012


Réapprendre à partager déconnecté
Compte-rendu du First Rezonance du 31 janvier 2012
 
J'ai débranché, comment revivre sans internet après une overdose

De son propre aveu, l'écrivain Thierry Crouzet "a fini par se griller les ailes à force de vivre vers le futur." Une nuit, à deux heures du matin, cet inconditionnel de la connexion - via son blog, les réseaux sociaux ou ses pérégrinations sur le Net - a bien cru que son heure était venue. Persuadé de faire un arrêt cardiaque, il s'est retrouvé à l'hôpital. Bilan: plus de peur que de mal mais la naissance d'une conviction: la nécessité de débrancher, ne serait-ce que temporairement, la prise numérique.
"Ma femme avait mis mon téléphone dans mes affaires à prendre l'hôpital. Mon premier réflexe a donc été d'aller sur mon blog pour regarder les réactions à un article sur la révolution dans les pays arabes récemment publié", a indiqué Thierry Crouzet.
Constatant sa dépendance, l'intervenant a décidé de mener une action jugée irréalisable par ses proches: se déconnecter durant 6 mois (du 1er avril au 1er octobre 2011). "La veille de l'expérience, j'ai téléchargé Wikipédia sur mon ordinateur au cas où", a commenté l'écrivain "intoxiqué." Il a reconnu avoir dormi pendant les dix jours suivants le début de l'opération, une fatigue qu'il impute à la grande débauche d'énergie liée à la vie en ligne, synonyme de présence permanente. Le livre intimiste, au jour le jour, écrit pour relater cette déconnexion, vise entre autres à apporter son témoignage aux gens ne pouvant pas se prêter à un tel exercice pour des raisons professionnelles.

Réinventer la proximité à l'âge du déluge informationnel

Sociologue Spécialiste de l'usage des techniques à l'Observatoire Science, Politique et Société de l'Université de Lausanne, Olivier Glassey a eu pour mission d'informer sur l'information. "Surcharge d'info", "déluge informationnel", "déluge de données" ou "infobésité" sont les qualificatifs qu'il a employé pour évoquer la situation actuelle dans ce domaine.
Au sein des entreprises, les collaborateurs recevraient entre 50 et 100 mails par jour - 300 pour les plus exposés -. Dans ce contexte, moins d'un message sur trois serait ouvert, même lorsqu'il provient de clients ou de partenaires. Submergées par ce flux continu de données, certaines personnes en arrivent à détruire leur adresse et à s'en créer une nouvelle gérée de manière confidentielle.
Cependant, force est de constater que, vu l'importance du numérique en tant que canal de communication, il est difficile de ne plus y avoir recours professionnellement. Ainsi, certains collaborateurs, par peur de rater un événement, une opportunité ou d'être jugés sur leur absence, n'hésitent pas à mentir à leur conjoint pour aller consulter furtivement leur boîte mail professionnelle (11% en 2009 selon une étude). D'après une autre investigation, un tiers des ados américains iraient sur Facebook avant même de se lever.  Pour stopper l'invasion digitale, des entreprises ont pris des mesures telles que l'interdiction d'accéder à sa boîte mail avant une certaine heure ou l'aménagement d'espaces déconnectés. La créativité est de mise pour favoriser la "parcimonie informationnelle", qui ne peut pas être réinventée toute seule.

Respirez-vous toujours après un point?

Pianiste-accompagnatrice, coach MédiaVoice et directrice des Ateliers de Comédie Musicale de Genève, Nathalie Chevallerau est aussi membre d'une cellule d'entraide pour femmes. "J'ai eu la chance de faire partie d'une des premières cellules pilotes. Depuis, j'ai vécu six années fabuleuses au sein de celle-ci", précise-t-elle. Aujourd'hui, la Suisse en compte 18 regroupant environ 200 femmes.
Le but de la démarche? Réunir un certain nombre de représentantes de la gent féminine - 15 dans le cas de Nathalie - ne se connaissant pas pour leur permettre d'évoquer leur vécu, tant professionnel que privé, et obtenir de l'aide de leurs paires.
Selon Nathalie Chevallerau, l'entraide constitue la somme de cinq actions: partager, échanger, écouter, formuler et se taire. La locutrice a tenu à insister particulièrement sur ce dernier aspect en rappelant que les idées se matérialisent deux fois: dans la tête puis lorsqu'on les formule. De ce fait, si une personne est coupée alors qu'elle est en train de parler de son idée ou problème, sa solution ne pourra pas émerger. L'enjeu consiste donc à apprendre à se taire intérieurement et extérieurement pour donner la possibilité à l'autre de résoudre ses soucis. Or comment y parvenir? "En respirant après un point."

Expériences>Entraide>Réussite: 40 ans de pratiques et d'expériences vécues

Sylvie Roy est la directrice qualité et Europe au Groupement des chefs d'entreprise du Québec. Elle est venue témoigner du rôle salutaire joué par son organisation auprès de ses membres. Issue d'une famille d'entrepreneurs - ses parents étaient associés en affaires -, l'intervenante a été confrontée dès son plus jeune âge aux enjeux liés à la gestion d'une société. Elle a rejoint il y a 15 ans le Groupement, une structure née d'une constatation faite lors d'une réunion pour le compte d'un ministère au Québec: "On est bien meilleurs ensemble que tout seul."
Selon ses dires, le Groupement des chefs d'entreprise du Québec est un lieu où l'on peut partager sa vulnérabilité, ses inquiétudes, ses projets, ses questionnements et recevoir des conseils que l'on suivra ou non. Ces interactions et ce soutien contribuent au bien-être des entrepreneurs, entraînant des répercussions positives sur le capital humain de leurs sociétés respectives. "L'humain est au coeur de la réussite", indique Sylvie Roy en précisant que, pour faire fructifier les relations entre individus, l'ouverture d'esprit s'impose: "Si je veux être écouté, j'écoute. Si je veux qu'on me fasse confiance, je fais confiance et ainsi de suite", déclare-t-elle. A l'heure qu'il est, quatre groupes se développent dans un esprit similaire en Suisse.
LP