Le crowfounding est en plein essor

Gestion de carrière - 27 janvier 2012


Le crowfounding est en plein essor

Compte-rendu du First Rezonance du 12 janvier 2012
Le Crowdfunding de A à Z
Co-Fondateur de kisskissbankbank, Adrien Aumont a indiqué que le crowdfunding - littéralement le "financement participatif" - existe depuis toujours. Le socle de la Statue de la Liberté a par exemple été payé par des contributions franco-américaines. Pour sa part, l'acteur John Cassavettes a réalisé son premier long métrage en faisant appel à la générosité des New-Yorkais alors qu'il participait à une émission radiophonique. En contrepartie, les donateurs se sont vus conviés à la fête aux accents de free-jazz visible à la fin du film.
Selon Adrien Aumont, on observe aujourd'hui quatre types de crowdfunding. Le premier est le microfinancement, qui consiste à mobiliser des fonds pour lancer un projet et à restituer ultérieurement la somme investie. La plateforme Kiva fonctionne de la sorte.
Le peer to peer landing - prêt entre particuliers - est basé sur le même principe, à la différence près que l'argent est rendu avec un taux d'intérêt. L'inconvénient de ce système est que "les plus endettés y ont recours."
Le troisième modèle s'apparente à la démarche de Cassavettes. Il fait appel à des dons sur une période limitée moyennant une récompense non pécuniaire. La plateforme kisskissbankbank s'inscrit dans cette catégorie. Le dernier groupe englobe les entreprises ayant recours au crowdfunding pour développer leurs activités.
La suite de l'exposé d'Adrien Aumont a eu trait à la troisième forme de "financement participatif", auquel "tout le monde se met." "Une plateforme est créée tous les deux jours" a déclaré l'entrepreneur. Il en répertorie quatre sortes : généralistes, spécialistes, de don contre don et garantissant une rétribution financière contre l'investissement consenti. La première et la troisième - celle de kisskissbankbank - sont les plus stables.
Pour réussir une collecte de fonds, Adrien Aumont suggère d'appliquer la règle du "tout ou rien" en remboursant le donateur en cas de non réalisation de l'objectif. Il souligne également l'importance de fixer une limitation de temps afin de mobiliser le créateur et les internautes. La réussite de l'entreprise dépend de l'adéquation entre la faisabilité du projet et la somme demandée durant le laps de temps défini.
Concernant le financement, le co-fondateur de kisskissbankbank indique qu'il faut penser aussi bien aux pauvres - en proposant la possibilité de faire un don d'un euro - qu'aux personnes ayant de l'argent. Sa plateforme fait correspondre les contreparties au montant octroyé.
Adrien Aumont subdivise les communautés en ligne en trois cercles : l'entourage ("lien fort"), les amis d'amis (lien "faible") et le grand public. Lors d'une collecte de fonds, il conseille de commencer par le premier. Même si, expérience faite, ses représentants ont tendance à donner des sommes moins conséquentes, le montant récolté sera susceptible d'attirer des membres des deux autres sphères, "l'argent amenant l'argent."

Wikipédia : comment financer l'un des dix sites les plus visités du web ?
Frédéric Schütz est membre du comité suisse de Wikimédia - la fondation gérant l'encyclopédie en ligne - et responsable de la levée de fonds dans notre pays. Car Wikipédia compte presque exclusivement sur les dons des internautes pour son financement. Sixième site le plus visité au monde, ce domaine du savoir partagé a un budget annuel de 24 millions de francs. Des "peanuts" comparé aux monstres Google (29 milliards) et Facebook (4,27 milliards). Les huitante collaborateurs de Wikipédia sont essentiellement affectés à l'administration du système. Aucune d'entre elles ne créé de contenu, une tâche réservée à la communauté en ligne. A ce propos, Frédéric Schütz a tenu à rappeler que la publication est ouverte à tous et que l'information est librement réutilisable.
Il a aussi passé en revue les cinq modèles de financement a priori susceptibles, selon lui, d'être appliqués à Wikipédia. Le contenu du site étant généré par des sources extérieures, en bloquer l'accès en le rendant payant n'est pas réalisable. Pas plus que de mettre de la publicité sur les pages, ce qui entraînerait une perte conjuguée de crédibilité et de contributeurs. Les accords signés avec certaines boîtes, par exemple pour mettre à disposition une version de l'encyclopédie pour portables, constituent un apport financier mineur. Les dons de fondations et de sociétés telles que Google sont également un soutien de moindre importance au regard de la somme fournie par les particuliers. "Les campagnes de dons marchent très bien car Wikipédia est devenu un outil indispensable", s'est félicité Frédéric Schütz.
"Notre stratégie se veut la plus locale possible. Nous organisons des périodes de test pour voir quelles bannières de récolte de dons regroupent le plus de clicks", a-t-il ajouté.
S'agissant du budget de la fondation, il a notamment articulé les chiffres suivants : 44% -  soit 20 millions de francs - sont réservés à la maintenance, 18% à l'administration et au développement du site dans de nouveaux pays et 11% aux coûts occasionnés par les fonds récoltés. Sans oublier de terminer son intervention par un appel à contributions en termes de contenu.

i-Brain : la plateforme HES qui favorise l'innovation en mode "open"
Chapeauté par Sophie Latrille, le projet i-Brain est une plateforme fruit d'un partenariat entre le leader suisse du crowdsourcing Atiso et les HES fribourgeoise et valaisanne. Le processus d'innovation qu'elle entend incarner se décline en cinq étapes : la première consiste à poser une question à sa communauté dans le but de générer des idées (2°), les présélectionner (3°), évaluer celles qui restent (4°) et, le cas échéant, effectuer un workshop (5°) pour développer un prototype à partir de l'idée retenue.
A l'heure qu'il est, la plateforme regroupe 1 600 personnes : 50% d'étudiants (en Bachelor, Master et de Chine), des professeurs et quelques membres externes. Pour éprouver son potentiel, plusieurs actions ont été menées. Les collaborateurs de la HES SO ont par exemple été invités à donner leur avis sur comment recruter de nouveaux étudiants. Nonante-cinq idées ont été déposées, parmi lesquelles vingt ont été retenues pour la phase d'évaluation.
Ouvert au public par le biais du site valais-community, le projet-pilote visant à trouver des produits à commercialiser pour le compte de la marque Valais a traversé toutes les étapes du processus. Il a permis de réunir 77 suggestions et attiré 841 visiteurs. Dix d'entre elles ont été gardées à l'issue de la présélection. Deux ont trouvé grâce aux yeux des internautes, permettant à leurs auteurs respectifs de gagner 500 francs.

My Major Company, du rêve à la réalité
Auteure compositrice interprète, Licia Chery a fait part de son expérience sur My Major Company, un site représentant un label participatif. Sa vocation ? Solliciter des dons - entre un euro et 1000 euros - pour donner la possibilité aux artistes de signer un contrat avec une maison de disques une fois la somme de 100 000 francs atteinte. En cas de concrétisation, les internautes reçoivent l'équivalent de 30% de leur investissement.
Après avoir tenté sa chance sans succès à Paris, New-York puis en Suisse, Licia Chery espère pouvoir lancer sa carrière grâce à ce site. Désormais à la tête du capital nécessaire, elle prépare la sortie de son premier album prévue en automne. Pour arriver à ses fins, la jeune femme originaire d'Haïti ne s'est pas contentée d'être présente sur My Major Company. Elle a mobilisé ses amis pour effectuer une campagne sur Facebook, est allée vanter sa musique sur la page des producteurs, a posté des vidéos, etc. S'il veut faire parler de lui, "l'artiste doit être actif et avoir une vision", a-t-elle indiqué.  
 
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